Meurthe-et-Moselle : Immersion au cœur de la mine du Val-de-Fer à Neuves-Maisons, un voyage dans le monde des « gueules noires »

Meurthe-et-Moselle : Immersion au cœur de la mine du Val-de-Fer à Neuves-Maisons, un voyage dans le monde des « gueules noires »

À quelques kilomètres au sud de Nancy, la mine du Val-de-Fer veille toujours sur Neuves-Maisons. Ce site unique en Meurthe-et-Moselle conserve la mémoire des « gueules noires » qui ont forgé l’identité de toute une région. La visite offre une véritable immersion dans le temps, à quarante mètres sous terre, là où des générations de mineurs ont extrait le minerai de fer.

Le Zublin : un vestige unique de l’extraction minière en Lorraine

En surplomb des boucles de la Moselle, l’accumulateur Zublin impressionne par son architecture de béton. Construit dans les années 1930, ce vaisseau de béton est le dernier de ce type encore debout en Lorraine. Il servait à trier et stocker le minerai avant son acheminement vers l’usine sidérurgique voisine. Ses cuves de dix mètres de profondeur pouvaient contenir jusqu’à 5 000 tonnes de minerai.

Le bâtiment a rouvert au public en février dernier après d’importants travaux de réhabilitation. La municipalité de Neuves-Maisons et la communauté de communes Moselle-et-Madon ont soutenu ce chantier. Désormais, l’accumulateur fait partie intégrante du parcours de visite.

Victor de Lespinats a ouvert cette mine en 1874, en même temps qu’il fondait la Société métallurgique de la Haute-Moselle. L’usine et la mine ont travaillé en symbiose pendant près d’un siècle. L’exploitation s’est arrêtée en 1968, laissant derrière elle un patrimoine industriel exceptionnel.

Un site à la mesure de l’histoire minière régionale

Le bassin de Neuves-Maisons occupait une place particulière dans la sidérurgie lorraine. À son apogée, la mine s’étendait sur plus de 1 600 hectares. Les galeries atteignaient 2 500 à 3 000 kilomètres de longueur cumulée. Chaque jour, environ 800 mineurs descendaient dans les entrailles de la terre pour extraire le précieux minerai.

Cette exploitation a laissé des traces visibles dans le paysage. Une voie ferrée surnommée « le coucou » reliait dès 1876 l’accumulateur à l’usine de Neuves-Maisons. Elle permettait d’acheminer le minerai directement depuis les galeries.

Immersion dans les galeries de la mine du Val-de-Fer

la visite guidée débute par le Zublin, où les guides racontent l’histoire du tri et du stockage du minerai. Puis vient le moment d’enfiler un casque de protection. Un pull est vivement conseillé, car la température ne dépasse jamais dix degrés dans les galeries. Les visiteurs descendent alors à quarante mètres sous terre, dans un dédale de couloirs éclairés par une lumière tamisée.

La galerie principale abrite une statue de sainte Barbe, la protectrice des mineurs. Cette figure emblématique du travail des mineurs veille sur les lieux. Le parcours serpente ensuite à travers une galerie boisée, témoignant des techniques d’étayage anciennes.

Vincent Ferry, directeur de l’Agence du patrimoine et de la culture industrielle néodomienne, rappelle un fait surprenant : cette mine a fourni une partie du minerai qui a servi à construire la tour Eiffel. Une fierté locale méconnue qui mérite d’être soulignée.

Les conditions de travail des « gueules jaunes »

Avant la mécanisation, le travail dans la mine relevait de l’exploit physique. Les visiteurs découvrent des pelles, des pioches et des lampes à huile d’époque. Les wagonnets, autrefois tirés par des chevaux, jalonnent le parcours. Chaque outil raconte une histoire, celle d’hommes et de femmes qui ont usé leur santé dans ces couloirs sombres.

Le surnom de « gueules jaunes » venait de la couleur du minerai de fer lorrain, la minette. Ce minerai pauvre en fer mais riche en phosphore, appelé « monstre », était pourtant exploité avec acharnement. les « gueules noires », plus connues, évoquent quant à elles les mineurs de charbon du nord de la France. Dans les galeries du Val-de-Fer, le terme s’applique différemment, mais la réalité reste la même.

Une expérience pédagogique et humaine

Depuis 1993, d’anciens mineurs réunis au sein de l’association Atelier mémoire ouvrière ont entrepris de réhabiliter la galerie principale. Leur travail a permis d’ouvrir progressivement le site au public. Aujourd’hui, les visiteurs peuvent parcourir un kilomètre et demi dans les galeries d’origine.

  • 🚇 Circuit de 1,5 km dans les galeries historiques
  • 🌡️ Température constante entre 8 et 10 degrés
  • 🪖 Casque de protection fourni pour chaque visiteur
  • 📅 Visites guidées payantes tous les jours à 10h, 11h et dès 13h30
  • 📍 Rue du Val-de-Fer, à Neuves-Maisons, en Meurthe-et-Moselle

Le site accueille environ 10 000 curieux chaque année. Les visiteurs repartent avec une image bien concrète de l’extraction minière au XIXe siècle. Cette visite reste l’une des rares occasions de pénétrer dans des galeries de mine de fer de cette époque ouvertes au public en Europe.

Le parcours se termine par un retour à la surface, les yeux encore remplis d’images. La fraîcheur des galeries laisse place à la chaleur de l’été lorrain. Une expérience qui donne matière à réfléchir sur le travail durement gagné des générations passées.

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